Rue de Rivoli (Paris) Parcelles et habitants Révolution-Empire

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La rue de Rivoli, dont la décision officielle de création date de 1801 et la dénomination de 1804, forme depuis un siècle et demi l'un des lieux emblématiques de la capitale avec ses arcades et l'unité architecturale de sa partie ouest, son tracé quasi-rectiligne de près de 3 km et son animation permanente. Elle s'étend depuis la rue de Sévigné face à l'église Saint-Paul, dans le prolongement de la rue Saint-Antoine, à l'Est, jusqu'à la place de la Concorde à l'Ouest [1]. Soixante-dix ans s'écoulent entre la décision initiale et l'achèvement de la construction des derniers immeubles vers 1870, alors que les soulèvements populaires de la Commune et la répression qui s'en suit l'année suivante prolongent encore les travaux dans plusieurs segments de la rue, en particulier au Louvre et à l'Hôtel de Ville jusque dans les années 1880.

Sa création « fait disparaître environ quarante rues et cinq-cents maisons. » (Pessard, Dictionnaire, voir ci-dessous, p. 1269).

Ce sont précisément ces disparitions (maisons, couvents, lieux de culte, jardins, édifices publics, ...) postérieures à la période de la Révolution et de l'Empire qui ont imposé les précisions ci-dessous, l'impact de la création de la rue de Rivoli se ressentant dans la plupart des rues adjacentes et dans de nombreux segments de la rue Saint-Honoré, en particulier dans le secteur du Palais-Royal entre la rue de l’Échelle et l'Oratoire.

1801-1835 : Premier tronçon Saint-Nicaise - Saint-Florentin

La décision de créer une nouvelle rue rectiligne en limite Nord des Tuileries remonte au 17 vendémiaire an X (9 octobre 1801), par un arrêté des Consuls disposant que « sera percée une rue dans toute la longueur du passage du Manège jusqu'à celle de Saint-Florentin ». Par une deuxième décision datée du 1er floréal an X (21 avril 1802) les consuls arrêtent les dispositions urbanistiques, juridiques et financières de l'opération : terrains expropriés, bâtiments à démolir, procédures de vente des terrains et d'affectation des fonds, plans de la nouvelle voie et contraintes architecturales). Le projet urbanistique d'immeubles à arcades bordant une nouvelle voie de 950 m. entre la rue Saint-Florentin , à l'Ouest et la rue Saint-Nicaise (ou la rue de Rohan,selon les sources et les décrets), à l'Est, est définitivement lancé par les Consuls de la République le 7 floréal an XII [27 avril 1804] sous l'impulsion de Bonaparte, le premier d'entre eux.

Les premières démolitions commencent à l'Ouest autour des Tuileries sur des parcelles qui pour certaines d'entre elles ont été confisquées en 1790-1791 et sont donc soit encore propriété du Domaine National soit propriété de particuliers après acquisition au Domaine National (Sommier des Biens Nationaux, t. 1). Entre 1802 et 1806 le couvent des Feuillants, la salle du Manège, les ci-devant Écuries du Roi sont ainsi détruits tandis que les jardins des couvents de l'Assomption, des Capucins, des hôtels de Noailles, de Jonzac et de Boullogne sont largement amputés. Les terrains appartenant encore à des particuliers font l'objet de mesures d'expropriation et d'achat par l’État afin d'être rapidement revendus en lots homogènes constructibles. Les acquéreurs des terrains expropriés ont alors 2 ans pour commencer la construction sous peine de déchéance de leurs droits (arrêté du 7 floréal, cité) [2].

Faute d'intérêt de la part des investisseurs, près des deux-tiers de ces terrains restent en friches plusieurs années. Ainsi La Tynna note dans son Dictionnaire des rues de Paris publié en 1812 : « Du n°2 [à l'angle de la rue Saint-Nicaise] au n°14 les maisons sont bâties ; ensuite on ne voit encore que cinq maisons achevées », jusqu'au n°58, à l'angle de la rue Saint-Florentin (op. cit, p. 409).

Napoléon, désireux de voir enfin se réaliser son projet pense en accélérer la réalisation en exemptant les propriétaires constructeurs de toute taxe foncière pendant 30 ans par un décret du 11 janvier 1811. D'après Pessard (op. cit. p. 1264) les constructions sur ce premier tronçon ne sont pourtant complétement achevées qu'en 1835.

Numérotage : Aucune construction n'ayant été érigée avant 1805, aucune des maisons de la rue de Rivoli n'a reçu un numéro sectionnaire.
La disposition de ce premier tronçon de la rue le long des Tuileries, jardin et château, fait qu'il n'existe que des numéros pairs du n°2 (Empire), à l'angle de la rue Saint-Nicaise, au n°58 (Empire) à l'angle de la rue Saint-Florentin. Ce tronçon est intégré au 1er arrondissement (ancien).

1848-1870 : Deuxième tronçon Saint-Nicaise - Sévigné

En 1848 le Gouvernement provisoire autorise le prolongement de la rue entre les rues de Rohan et Saint-Antoine par trois décrets des 24 mars, 3 mai et 4 octobre. Plusieurs décrets pris les années suivantes et jusqu'en 1854 organisent les opérations d'expropriation, d'alignement, d'ouverture, ainsi que les nombreuses réglementations urbanistiques, architecturales et fiscales.

Ainsi la loi du 4 octobre 1849 et le décret du 23 décembre 1852 énoncent les dispositions et modalités des expropriations nécessaires au percement de la nouvelle voie à partir des plans des nouveaux ilots. C'est en vertu de ces dispositions que s'organisent par exemple près de 70 expropriations rue Saint-Honoré [3], dans son segment le plus proche de la rue de Rivoli de part et d'autre du Palais-Royal, comme l'indique le plan ci-dessous.

Plan des expropriations rue Saint-Honoré 1853. Les parcelles expropriées ont été grisées (BHVP, Département Cartes et Plans, Rue de Rivoli, Expropriation 11, La rue Saint-Honoré de la rue de l’Échelle à la rue de l'Oratoire, Echelle 1/500e, s. nom, s.d.). Agrandir.

La longueur totale (2 km) de ce deuxième tronçon, les nombreuses destructions d'immeubles divers, les aménagements de réseaux et de voirie expliquent la durée des travaux de cet immense chantier.

Bibliographie

  • Pessard, Nouveau dictionnaire historique de Paris, 1904, p. 1263-1269).
  • Szambien, Werner, De la rue des Colonnes à la rue de Rivoli. Catalogue d'exposition, Paris, Délégation à l'action artistique de la ville de Paris, 1992, 159 p.
  • Wikipedia, Rue de Rivoli. Voir la notice .

Notes et références

  1. Sa longueur exacte est de 2 950 m, sa largeur varie de 20,78 m dans le premier tronçon Ouest à 35 m au droit de l'Hôtel de Ville (Beck, Nomenclature des rues de Paris, 1904, p. 563.
  2. Le texte intégral de ces trois textes, dont la liste des contraintes architecturales et d'occupation, est présenté dans Lazare, Dictionnaire des rues de Paris, 1844, p. 590-592.
  3. AN, F/21/1707, Préfecture de la Seine, Ville de Paris, Registre des décisions du premier Jury d'expropriation Rue de Rivoli (Arcades), 1853 ; Registre des décisions du deuxième Jury d'expropriation Rue de Rivoli (Abords du Louvre), 1854