Rue Saint-Honoré - Parcelle n°296 bis (Empire)

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Église Saint-Roch, siège pastoral de la paroisse Saint-Roch.

L'église Saint-Roch, rue Saint-Honoré, Paris. (Mingasson, huile sur toile, 1840). Agrandir

Numéros successifs de la parcelle

Les numéros de parcelles correspondent le plus souvent aux numéros des maisons (ou immeubles). À Paris, plusieurs systèmes de numérotation des biens fonciers et immobiliers se succèdent de l'Ancien régime à la période contemporaine. Voir leurs principes respectifs. Rue Saint-Honoré, le système de numérotage se complique pendant la Révolution du fait de la mise en place du numérotage "sectionnaire" et parce que cette artère est limitrophe de 7 sections dont chacune a une logique de numérotage particulière. Voir la vue d'ensemble des sections de la rue Saint-Honoré.

Type (période) Terrier (avant 1780) Royal (1780-1791) Sectionnaire (1791-1805) Empire (depuis 1806) Actuel
Numéro n°77 n° 281 (?) [1] n°1457 s. n° n°296
Rattachement Terrier de l'Archevêché Paroisse Saint-Roch Butte-des-Moulins 2e Arrondissement (ancien) [2] 1er Arrondissement
  • Le "n°296 bis" (Empire) n'apparait pas sur le plan parcellaire précité. Ce numéro n'est utilisé ici que pour un aspect pratique permettant de décrire l'église Saint-Roch et d'évoquer ses nombreux desservants.
  • Le passage Saint-Roch, situé entre le n°296 (Empire) et l'église Saint-Roch, existe encore de nos jours. Conformément à l'usage, cette voie n'a aujourd'hui ni numéro de parcelle, ni numéro de cadastre.
  • Le n°296 actuel désigne la parcelle, cadastrée AW 107, où se trouve l'église Saint-Roch, monument conservé dans la même configuration que celle qu'il avait au XVIIIe.

Aperçu historique

ÉGLISE SAINT-ROCH

L'église, érigée entre 1653 et 1722, dans le style jésuite est, à l'époque, l'une des plus vastes de Paris. Elle abrite les tombeaux de plusieurs personnalités (Corneille, Helvétius, Mme Geoffrin, Diderot) et de nombreuses œuvres d'art, dont une statue de saint Roch par Boichot [3] [4].

Elle devient propriété du Domaine Public à la suite de la nationalisation des biens du clergé le 14 novembre 1789, mais continue – à titre exceptionnel et provisoire – de servir au culte catholique « et n'est d'aucun produit. » (Sommier, art 844, p. 314).

Toutefois à partir de fin 1791, une fois fermée, l'église Saint-Roch devient le siège de la justice de paix pour la section du Palais-Royal (devenue Butte des Moulins), avec Boivin de Blancmure, juge, Regnard l'aîné, assesseur (Alm. Royal 1792, p. 364), puis Lacoste, Grandperrin, Poupardin et Ravoisier, assesseurs (Alm. Nat. 1793, p. 261).

L'édifice est témoin de manifestations anti-religieuses comme ce discours du comédien Monvel le 30 novembre 1793[5].

Le directoire du département de Paris décide de rouvrir au culte l'église Saint-Roch en juin 1795, conformément à l'art. III du décret du 11 prairial an III [30 mai 1795] sur le libre exercice du culte catholique. (Delarc, L'Église, t. 3, p. 323-324).

Le parvis de l’église garde encore les traces des combats de l’insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV [5 octobre 1795] réprimée par Bonaparte (Gravure par Girardet).

De 1797 à 1801, l'église est affectée au culte de la Théophilanthropie. Le 10 vendémiaire an VI [1er octobre 1797], plus de vingt enfants y font leur première communion théophilanthropique avant son inauguration officielle en Temple décadaire de la Butte-des-Moulins le 25 frimaire an VI [15 décembre 1797]. La cohabitation des deux cultes ne se fait pas sans heurts :
« A Saint-Roch, le 5 nivôse an VI [25 décembre 1797], après la fête funèbre de Hoche célébrée par les théophilanthropes, le curé Mary, sans attendre que l’église fût complétement évacuée, s’empressait de procéder avec affectation à des aspersions d’eau bénite pour purifier les lieux souillés par la présence des infidèles ». Les administrateurs théophilanthropes adressent une plainte à la police contre la volonté de destruction de l’établissement civique par les ministres du culte catholique (Id. p. 282).
Le 22 vendémiaire an VII [13 octobre 1798] l’administration centrale de Paris donne de nouveaux noms aux églises. Le temple de « Saint-Roch serait consacré au Génie, parce qu’il renfermait les cendres du grand Corneille, le créateur du théâtre français et de Deshoulières la plus célèbre des femmes qui ait cultivé la poésie française. » (A. Mathiez, La théophilanthropie, p. 464). Cependant, très vite le culte théophilanthropique s’étiole (Delarc, L'Église, t. 3, p. 394). Demeure encore pour peu de temps ce « Temple du Génie » dans lequel la municipalité du 2ème arrondissement célèbre en 1799 toutes les fêtes plus ou moins artificielles créées par la Convention avant sa disparition (M. Tourneux, Bibliographie de l’histoire de Paris, t. 3, art. 16821-16824, p. 521).
Le Consulat rend définitivement l’église au culte catholique, non sans quelques chaos dus à la personnalité et aux convictions rigoristes de l’abbé Marduel réintégré dans ses fonctions de curé de Saint-Roch (devenue la seule paroisse du IIème arrondissement) par un décret apostolique du 9 floréal an X [29 avril 1802] de Mgr de Belloy, nouvel archevêque de Paris. (Delarc, L'Église, t. 3, p. 433-434).


L'église Saint-Roch est le siège de la paroisse Saint-Roch.

Propriétaire avant 1789

Sous réserve de confirmation, cet édifice est très vraisemblablement la propriété de la Fabrique Saint-Roch.

Propriétaire Révolution-Empire

Propriété du Domaine Public à la suite de la nationalisation des biens du clergé le 14 novembre 1789, l'église n'est pas vendue comme bien national.

Propriétaire à partir de 1805

La Ville de Paris devient propriétaire de l'église en 1805, en application du Concordat entre l’État français et le Vatican. Elle permet au curé Claude-Marie Marduel de récupérer de nombreuses œuvres d'art dispersées pendant la période révolutionnaire et poursuit le programme d'embellissement de l'édifice [6]. L'orgue de choeur et les grandes orgues bénéficient en particulier des apports et rénovations du facteur d'orgues Cavaillé-Coll[7].

Clergé, desservants et personnel laïc

En 1789, la Paroisse Saint-Roch, dont l'église Saint-Roch est le siège, est desservie par 55 prêtres originaires de Paris et de plusieurs diocèses français du fait de la faiblesse du recrutement parisien à la fin du siècle. Ces prêtres des autres diocèses doivent avoir été "approuvés" par le diocèse de Paris pour y exercer leur ministère.

Voir les biographies des membres du clergé et de quelques prêtres approuvés, membres de la Communauté Saint-Roch.

Le clergé réside dans deux immeubles propriétés de la Fabrique Saint-Roch jusqu'en 1789 (voir ci-dessus).

  • Le curé et ses vicaires résident à la maison presbytérale, n°154 (Butte), n°6 (Empire) r. Neuve-Saint-Roch.
  • Les prêtres approuvés logent dans des chambres individuelles dans l'immeuble voisin dit Maison de la communauté Saint-Roch au n° 25 (Royal), n°156 (Butte), r. Neuve-Saint-Roch.

Comme tout lieu du culte catholique, l'église Saint-Roch ne peut fonctionner qu'avec du personnel laïc dont les fonctions sont clairement déterminées, suisses, organiste (s), chantres, choristes etc. La position de Oudin, habitant de la rue, en face de l'église, comme « fermier des chaises de Saint-Roch » montre que le droit d'occupation des chaises, à l'année ou à chaque cérémonie, courant à l'époque n'est pas laissé aux soins de "chaisiers" ou "chaisières" employé(e)s par la paroisse mais bien affermé à un particulier qui doit donc recourir à du petit personnel pour collecter le droit de chaise. Le fermage, produit net de cette collecte, est remis à la Fabrique.

Fabrique Saint-Roch

La fabrique Saint-Roch[8], outre l'église, bâtiment et mobilier, possède :

  • La maison de la communauté Saint-Roch au n° 25 (Royal), n°156 (Butte), r. Neuve-Saint-Roch, mise sous séquestre en 1789, ensuite occupée par les autorités constituées de la Section puis vendue en fructidor an IV au Cn Larue-Sauviac (Sommier, art. 857, p. 317).
  • La maison presbytérale, n°154 (Butte) n°6 (Empire) r. Neuve-Saint-Roch, mise sous séquestre, louée au Cn Comminges en l'an II. « Bail cédé à Dupuis puis remis en adjudication et signé par le Cn Marduel [curé en titre] le 17 prairial an VIII pour 3, 6, 9 ans, résilié en l'an XI pour mise à disposition de cette maison à l'archevêque de Paris qui en donne la jouissance gratuite au curé de Saint-Roch. » (Sommier, art. 856, p. 316-317).
  • Deux échoppes et plusieurs petits corps de bâtiment de la r. Neuve-Saint-Roch adossés à l'église Saint-Roch, loués à divers commerçants et particuliers, confisqués. (Sommier, art. 852-855, p. 295-316).
  • L'ensemble des échoppes, boutiques et maisons du passage Saint-Roch, louées à des commerçants et des particuliers, confisquées, puis, pour la plupart, restituées par arrêté du gouvernement du 7 thermidor an XI (Sommier, art. 761-790, p. 295-299).

Comme dans toutes les églises, paroissiales et conventuelles, pour s’asseoir il faut payer. À chaque office le fidèle verse un droit d’occupation dont le prix varie entre quelques liards et 2 sols selon le type d’office et, lors des vêpres, selon la notoriété du prédicateur. Les tarifs augmentent pendant la Semaine Sainte. La recette de location des chaises est donnée à bail par la fabrique, à charge pour le preneur d'entretenir et de remplacer si besoin ces chaises. [9] À Saint-Roch en 1790 le couple Oudin, qui demeure en face de l'église, détient ce bail de chaises.

Compagnie de Charité Saint-Roch

La compagnie de charité, vraisemblablement héritière d'une ou de plusieurs confréries de charité, regroupe le curé qui la préside et des administrateurs, clercs et laïcs. Elle procède à la collecte de dons, à la gestion des fonds et biens collectés et à leur distribution aux « nécessiteux » de la paroisse. Ceux-ci dans les années 1788-1790 sont évalués au nombre de 4 000 pauvres bénéficiant au total de 100 000 l. d'aides financières et de dons en nature. Les revenus de la compagnie ne sont que de 40 000 l./an, le reste du financement des rentes aux pauvres étant assuré par les libéralités des paroissiens « aisés et bienfaisants ». En 1790, les membres de la compagnie de charité de Saint-Roch sont MM. Bourdeilles (Fayard de Bourdeilles ?), trésorier, Marignier, Guyhon de Montlevaux, de Monteloux (Montcloux ?), Bastide, Asselin, Barret, Menuret, Guignace, Pagnierre, Joly de Saint-Géron, Regnard, Leblond, le marquis de Rostaing, Bégon, Cousin, Robert, Giraud, Desjardins, Héluis, de Longerais. (Cotinet, secrétaire, Administration de Charité de la Paroisse S. Roch à Paris, Extrait du registre des délibérations de la compagnie de charité du 2 mai 1790, Paris, Boulard, imp., s.d., 6 p., Gallica).

N.B. Bien qu'il ne soit pas possible d'établir l'identité exacte de tous ces membres, certains d'entre eux sont des laïcs habitants de la partie de la rue Saint-Honoré située sur le territoire de la paroisse, d'autres sont des prêtres de la communauté Saint-Roch.

Visiter les parcelles voisines

Parcelle contiguë vers l'Ouest Cette parcelle Parcelle contigüe vers l'Est
n°298 (Empire) Rue Neuve-Saint-Roch
n°296 bis (Empire)[10]
Passage Saint-Roch n°296 (Empire)
Parcelles en vis-à-vis côté Sud
n°309 (Empire) Rue du Dauphin
n°307 (Empire) n°305 (Empire) n°303 (Empire)
n°301 (Empire)

Notes et références

  1. Il est vraisemblable que le n°280 (Royal) désigne la maison accolée aux marches de l'église Saint-Roch, côté ouest du passage Saint-Roch.
  2. 6ème Quartier, Palais-Royal ; Ilot 17(AN, F/31/75/36). Voir le plan parcellaire en ligne.
  3. J.-P. Babelon, L'église Saint-Roch à Paris, Paris, Laurens, 1972.
  4. Voir la notice Wikipedia, Saint-Roch.
  5. Discours prononcé par le Cn Monvel dans la section de la Montagne, le jour de la Fête de la Raison célébrée dans la ci-devant église de Saint-Roch, le 10 frimaire an II, Lefer, 32 p., Carnavalet.
  6. Voir l'action de la Ville à Saint-Roch.
  7. Voir une description de ces apports.
  8. « Fabrique : Tout ce qui appartient à une église paroissiale, les fonds et les revenus affectés à l'entretien de l'église. » (Littré). Le conseil de fabrique auquel participe le curé et des administrateurs laïcs, gère le temporel de la paroisse. Il est l'héritier des anciennes confréries.
  9. Preston Perluss, « Les institutions religieuses et la vie des quartiers à Paris au XVIIIe siècle : les baux de chaises et le casuel des églises conventuelles », Thierry Belleguic & Laurent Turcot (dir.), Les Histoires de Paris (XVI-XVIIIe siècles), Paris, Hermann, 2013, t. 1, p. 157-175).
  10. Le n°296 bis n'existe pas dans la nomenclature de numérotage de type Empire. Il a été créé ici pour matérialiser en 1805 l'emplacement de l'église Saint-Roch dans la rue Saint-Honoré